les fluviales de JPh. Lamotte - La batellerie bretonne

retou l'Œil d'Argus

Clément Thomas (photo Claude Beaudouin)
- Commandé en 1895, il a été construit en 1896. C'est une très belle unité du chantier Fouchard de Nantes.

- Il a appartenu à Clément Thomas

- Revendu à Roger Boireau de Redon

- Revendu à Bernard Foulloneau

- Revendu au Docteur Jacques Hélias cardiologue de Nantes
qui l'a transformé en habitation.

- Revendu à un jeune couple, il existe toujours (en 2010)

Avec les renseignements de : Alphonse Debray - Claude Rabet
Cédric Badonnel - le manuscrit de Juliette Thorin
"La batellerie bretonne" de Jacques Guillet

bateau œil d'Argus

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bateau œil d'Argus
01 - Clément Thomas

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          Cette histoire est écrite par Juliette Thorin marinière et petite fille de Clément Thomas qui fit construire le bateau. Elle a d'abord épousé Roger Boireau (1) qui est décédé d'une crise cardiaque alors qu'il avait arrêté la navigation et qu'il était devenu marchand de sable. Elle à ensuite épousé en seconde noces M. Thorin.

          Clément Thomas, marinier de Saint-Julien-de-Courcelles avait un chaland en bois nommé la "Beresina" mais l'apparition du premier bateau en fer lui donna l'idée de se moderniser. C'est ainsi qui fut commandé un nouveau bateau. C'est lui qui prend maintenant la parole : "Le marché fut conclu au chantier Fouchard à Nantes en 1895. L'entreprise ayant des difficultés financières, la mise à l'eau fut précipitée et je dus remonter la Loire à La voile pour la Pierre Percé, un village au bord de la levée de la Divette. C'est M. Rodureau, le menuisier de ce village qui devait faire l'aménagement de la cabine d'habitation. Mon patron avait un fils de trois ans, Clément Thomas (2). Ensuite, j'ai servi de berceau à deux autre fils, Léon et Armand (3). J'ai pris ensuite la direction des canaux bretons, tiré par un cheval ou à la voile quand le vent était bon. J'allais de Nantes à Pontivy, et même Lorient. Pontivy parfois, je bifurquais vers Brest. A Redon je prenais aussi la direction de rennes pour aller jusqu'à St Malo. Suivant les saisons, je transportais engrais, blé, bois, pierres à chaux, sable ou cailloux.

          Puis arriva 1914. L'aîné des fils était déjà au régiment quand le deuxième partit à son tour mais il ne revint jamais. Je fus réquisitionné et l'intendance me prit à son service pour le ravitaillement du port de Nantes. Ensuite, je fis le transport des pierres à chaux de Montjean pour les forges de Hennebont.



          En 1918, ce fut la fin de la guerre et l'aîné libéré reprend sa place à bord du chaland. Le grand patron avait envie de prendre sa retraite dans sa maison construite tout près de la Loire à Cordrouze. Je passais donc au commandement de Clément (le père) qui entre temps avait pris pour épouse une marinière en 1920. De nouveau, je vis naître deux enfants. Une fille en 1922 (celle qui écrit), 1924 un garçon qui fut appelé Léon, certainement à cause du frère du père resté sur les champs de bataille de la guerre. Je roulais (4) bien tranquillement sur mon cher canal.

          En 1929, souffle un vent de nouveauté, certains mariniers vendent leur chaland pour commander des bateaux à moteur mais mon jeune patron qui m'aimait bien se décide à me conserver en me faisant faire une transformation. Elle consistait à couper l'arrière du bateau et lui donner des formes qui permettaient de lui adapter une hélice. Ce travail fut réalisé par le chantier Martail quai Magellan à Nantes. Le moteur mis en place en 1930 était un semi-Diesel hollandais monocylindre de 30 cv de la marque Kromhout. J'allais peut-être un peu moins vite que les bouveaux bateaux, mais je portais 10 tonnes de plus et tout était bien. Je continuais ma route mouvante avec toute la famille.

          En 1939, la guerre arriva de nouveau et faute de combustible je dus arrêter en novembre 1940. Je fus réquisitionné, cette fois par les Allemand. Mon patron ne voulant pas me suivre, je fus donc envoyé dans l'estuaire de la Loire. Pris par beaucoup de mains et malmené d'un bord sur l'autre, je me suis retrouvé au quai Kuhlmann de Paimboeuf et là, abandonné, j'ai coulé ... / ...




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bateau œil d'Argus
01 - Le bateau à l'époque où il appartenait à Clément Thomas. Il était équipé d'un moteur semi-Diesel et d'une hélice au bout du safran. Il se gouverne encore avec un amintot appelé "barre franche" dans la batellerie de l'ouest

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          Arrive 1945 et les autorités commencèrent à s'occuper des bateaux à récupérer. Mon patron fut convoqué à Paimboeuf. Je fus relevé, mais dans quel état. On voulait m'envoyer à la ferraille mais mon propriétaire s'est fâché car il tenait toujours à moi. Après beaucoup de discutions, on enfin décidé de me réparer. Je fus monté par le gros ponton grue aux chantiers de la Loire et là on me refait beau. C'était à la fin 1947. Je fus redonné à mon propriétaire qui était tout heureux de reprendre sa vie de marinier.

          En 1952, une autre nouveauté est arrivée. Le moteur semi-diesel est remplacé par un Diesel, ce qui a marqué une nette amélioration. Je consommais moins de carburant, et j'allais plus vite. Tout allait bien, je roulais sans arrêt transportant alors du sable de Loire pour la construction.

          En 1959, mon propriétaire se sentait vieillir et aspirait à une retraite bien méritée. Le fils n'étant pas décidé à prendre la suite, je fus loué à Nantes dans une entreprise de sable. Pour moi, la belle vie était terminée. J'étais conduit un peu par tout le monde et je commencais à devenir vilain. Un jour du début de 1964, j'ai coulé une autre fois au quai Malakoff de Nantes.

          Puis j'ai changé de propriétaire et je fus vendu à Roger Boireau (la mari de celle qui écrit) marchand de sable à Redon s'est s'occupé de ma remise en état. Pour cela, il m'a conduit au chantier Merré de Nort-sur-Erdre pour la réparation de ma coque et la réfection de cabine. De nouveau, j'étais beau et je transportais du sable pour Redon. Puis mon propriétaire décède subitement en 1968. Sa femme, seule, n'avais d'autre choix que de vendre le commerce du bateau. Je fus alors repris par Alphonse Debray (5), un marinier de Redon.



          En 1970 ce fut un nouveau changement de propriétaire et je suis passé au compte du marinier Bernard Foulloneau. J'ai encore roulé deux ans et la catastrophe est arrivée. Il n'y avait plus d'eau dans le canal pour cause de sécheresse et cela a duré pendant six mois. Les mariniers aculés à la faillite ont du changer de métier car pendant ce temps, les camions les ont remplacés. Bernard Foulloneau m'a encore gardé garde un temps puis il s'est décidé à me vendre. Ma vie de transport était définitivement terminée. Revendu au Docteur Jacques Hélias cardiologue de Nantes je devins un bateau habitation. On m'a refait coquet et à 80 ans je reprenais une nouvelle vie pour faire passer des jours heureux au fil de l'eau des canaux de notre chère Bretagne.

Juliette Thorin                

          Juliette Thorin, décédée dans les années 70 n'a pas connu le nouvel équipage Cédric et Muriel, les propriétaires actuels aidés des deux matelotes Camille (5ans) et Charline (1an) .



1 : A l'époque du père de Roger Boireau, le matelot était M Pinet de Blain. Il a ensuite travaillé pour M. Houssard sur la Loire puis il est devenu patron chez Huchet sur un bateau qui s'appelait "l'Arc en ciel".
2 : Le petit fils Léon Thomas qui a 85 ans en 2010
3 : Ce dernier eut un bateau qui s'appelait le Condé
4 : "rouler" pour "naviguer" un terme des mariniers bretons
5 : l'homme qui m'a transmis cette histoire et les documents attenants


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Œil d'Argus
02 - Jean Régent sur l'Œil-D'Argus à terre Alphonse Debray au Quai de St Nicolas Redon en 1968

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Œil d'Argus
03 - L'Œil D 'Argus et le Berceau Du Marin à couple montent en Loire. Jean Régent est à la barre. René Jouvante est sur le pont avec Didier, Christine et Angèle Régent, les enfants de Jean.

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Œil d'Argus
04 - Bateaux en Loire pour chargement de sable. L'Ancre du patron marinier Albert Thaumoux sert de bateau grue. Le bateau à couple est l'œil D' Argus Jean Régent et sur le pont, c'est sa femme Angèle avec Christiane la femme de Gaston Régent du Neptune. L'autre bateau grue est Adrien

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Œil d'Argus
05 - L'Œil d 'Argus rentre dans l'écluse. Bernard Foulonneau est sur le pont avec Philippe Foulonneau

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Œil d'Argus
06 - Le bateau est maintenant équipé d'une timonerie (dite "marquise" quand il y a une femme à bord selon les pénichards de Rennes). Le safran se manœuvre avec le macaron (barre à roue).

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