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Le fluvial de JPh-Lamotte - La batellerie artisanale
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1 - Alain Ragot Les souvenirs d'un ancien marinier héritier de trois siècles de batellerie
(Photos et documents provenant des archives familiales de Alain Ragot)
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| Les pages Alain Ragot : Souvenirs d'enfant - Page photo - Cold case - Au fond des tiroirs | Voir la suite | ![]() |
![]() Le "Carantec" de la HPLM |
Si Alain Ragot a posé son sac à terre alors qu'il avait 13 ans, c'est par la force des choses. Toutefois, le bruit de la bordaille qui résonne lors du déchargement est toujours dans ses rêves et s'il habite avec ceux "d'à terre" il est et sera toujours un marinier dans l'âme. Maquettiste émérite, il anime également la "Maison des deux marines" de Briare. Dans cette page, il nous livre ses souvenirs pour qu'ils perdurent et que les jeunes générations connaissent la vie des ces forçats des rivières et canaux qu'on appellait "les mariniers". L'histoire de cette dynastie de mariniers qui remonte à 1699 est toute empreinte de sentiments mais également de drames, d'accidents graves et de meurtres. C'est un témoignage sincère grandeur nature d'un homme qui avec ses recherches, à fait plus pour l'histoire des mariniers que s'il était resté avec ceux "d'à bord". JPh. Lamotte |
![]() Mes parents |

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Je suis né aux Andelys dans l'Eure, le 27 février 1961 sur la péniche de mon père, la "Ste Thérèse". J'avais six mois quand il quitté ce bateau pour entrer comme Capitaine à la Sanara et faire du transport de ciment en vrac. Ce fut d'abord sur le "Saumon" pendant un an, ensuite ce fut "l'Eperlan" jusqu'en 1966. Cette année là, il a quitté la Sanara pour entrer à la CCMT. Là, nous avons embarqué sur me "Novembre", un cimentier également équipé avec des cuves comme les précédents. C'était un bateau de type Cherbourg. Dans les années 50 de l'après guerre, 50 unités avaient été construites dans ce chantier et 10 à Toulon. J'ai souvent entendu dire par mon père et certains autres mariniers que c'était des bateaux très bien agrémentés (tout confort). Nous faisions alors le trajet de Genevillier au Havre en passant par Gargenville (78). Jusqu'à l'âge de six ans, date de ma rentrée à l'école, c'est ainsi que c'est passé mon enfance, dans la cabine de 16 m2 ou assis dans la marquise. Là, je regardais défiler le paysage au travers des vitres. Parfois le soir, quand le bateau était amarré mon père nous débarquait. |
Là, j'étais heureux, un peu comme un petit chien qu'on sort le soir après avoir passé une journée dans un appartement. On courait dans tous les sens à en perdre haleine et quand l'heure de réembarquer sonnait, nous avions réellement pris notre bol d'air. Parfois il arrivait qu'on rencontre un oncle qui travaillait à la Sanara. Il y a avait l'oncle James qui naviguait sur le "Bar", Gaston sur "l'Equille", le grand-père Neyt sur le "Rouget", le grand-père Ragot sur le "Carantec" de la PLM, l'oncle "Jean sur le "SSA 7", l'oncle Michel sur le "Sylvain" de l'union Normande. Mais il arrivait parfois, qu'on reste pendant des mois sans croiser personne car le transport passait avant tout et c'était cela la vie à bord. Personne ne se plaignait alors et il ne fallait pas avoir d'attachement familial. Nous etions tous mobiles et éparpillés au gré des canaux. Seul le hasard, permettait les rencontres. Quand mes grands-parents Neyt ont pris leur retraite, ils ont débarqué à Conflans-Sainte-Honorine. J'avais alors six ans et je fus placé en pension chez eux. Il m'a alors fallut quitter le cocon familial perdant ainsi tous mes repères. |
Deux jours plus tard, je me suis retrouvé avec trente enfants de mon âge, ce qui ne m'était encore jamais arrivé. Ces six premières années furent une rude expérience mais c'est comme cela chez ceux "d'à bord" et on y est préparé dès la naissance. Avec le recul je dirais maintenant que c'était un peu un vie de sauvage, "désocialisée" selon les termes d'aujourd'hui mais c'était la vie de mariniers. Cela se pratiquait de père en fils et j'étais conscient que moi aussi je serais marinier et que j'allais reproduire les mêmes choses. Je savais qu'un jour ou l'autre il me faudrait aussi couper net le cordon ombilical entre mes enfants et la vie "d'à bord". La vie en a décidé autrement et tant mieux si les mentalités ont changées mais ce métier reste ingrat. Je suis resté ainsi quatre ans chez mes grands-parents. Je me souviens encore des heures oł je restait assis à la fenêtre qui donnait sur le bord de l'eau guettant l'arrivée du bateau familial. Il m'est même arrivé de la voir passer à vide sans s'arrêter car le fret devais passer en priorité sur les sentiments. Mais ne devais pas me plaindre car j'étais chez mes grands-parents. J'aurai du me retrouver à "l'Enfance Batelier" ( le pensionnat pour enfants de mariniers). |

Mes premiers dessins étaient naturellement des péniches et très vite, j'ai commencé à construire des maquettes de bateaux en carton avec mon grand-père qui était là pour me conseiller. Il me racontait également des histoires de la batellerie au fil de l'eau. De son côté, c'est une vieille famille du nord de la France oł on est batelier depuis depuis le XVIIème siècle. J'ai remonté notre généalogie jusqu'au premier maître batelier en 1699, à l'époque oł les bateaux s'appelaient des "baquets". Le premier des noms sur les actes de décès est Neyt Josse, décédé en 1878 à Condé-sur-l'Escault sur le bateau "Palma de Condé". Du côté de mon père, les recherches généalogiques sont remontées jusqu'à l'ouverture du Canal de Berry. Le premier acte de naissance est celui de Ragot Eugène né en 1869 à Saint-amand-Montron sur la péniche berrichonne "l'impérial". J'ai également retrouvé la relation d'un accident qui s'est passé en 1902 à Décize (58). La berrichonne de Léon Ragot à coulée et les deux ânes ont été noyés. |
Il n'était pas assuré et comme il avait 70 ans, la batellerie fut terminée pour lui. Il y eut également l'accident du "Moselle", bateau de mes Grands-parents Ragot qui a coulé au havre vers 1945. Papiers, photos, objets, tout fut perdu. Une vie de souvenirs fut engloutie en quelques minutes et ils n'eurent que le temps de sauter à terre. Mais il y avait aussi les naissances et les mariages et à cette époque, tout se passait entre mariniers. D'ailleurs quand un fils présentait sa dulcinée à son père la question rituelle était : "bonjour mademoiselle, sur quel bateau êtes-vous ?". Et attention, si elle n'était pas marinière, le début des relations était un peu froid, mais après deux ou trois... finalement c'était une brave fille et elle était adoptée. Les mariniers se disaient qu'elle apprendrait bien le métier. D'ailleurs, quand arrivait l'heure de la retraite, c'était souvent la femme qui avait du mal à quitter le bateau. Quant à moi, j'ai eu la chance de pouvoir continuer mes études pour devenir chauffeur routiers pour naviguer sur les routes. Mais je ne suis pas "d'à terre" enfin pas complètement. |
A mes heures je fabrique des maquettes de bateau dans mon atelier oł je navigue depuis maintenant trois ans oł je suis installé à mon compte. J'ai même obtenu une forme de reconnaissance de la part de EDF qui m'a commandé une maquette de la péniche le "Porthos" de Cherbourg. Un 38,50 qui transporte des transformateurs. Parmis mes client, il y a aussi des Belges, des Hollandais, et beaucoup d'anciens mariniers qui rêvent depuis longtemps d'avoir la maquette de leur bateau. J'ai également la chance de travailler au Musée des deux marines de Briare comme guide. Là je peux faire partager ma passion et je rappelle souvent que la batellerie était un moyen de transport bien avant le transport routier et le chemin de fer. C'était alors le seul moyen d'acheminer la marchandise et que si la plupart des grandes villes françaises se trouvent au bord d'un fleuve ce n'est pas un hasard. Et dans l'avenir, la batellerie sera certainement le seul moyen de transport de masse qu'il restera aux générations futures. Alain Ragot - (sept 2009)
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Photo 000 : 1905 - Neyt Adolphe et Anaîse sur leur 2 bateaux "Patrie" et "Patriote" |

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Photo 001 : 1926 - bateau "Léon" - Hildebert Neyt à droite avec ses parents Gaston Neyt et Jeanne Allart |

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Photo 002 : 1952 - Bateau "Meilhac" de la Sanara - A droite et Marie-Louise Neyt ma mère
1951 - Neyt Hildebert dans l'uniforme de Neyt James |


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Photo 004 : Paris 1954 - bateau "Moselle" de la HPLM - Mon père Serge sur le bateau de mon grand-père Edmond |

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Photo 005 : 1955 - A droite bateau "Moselle" P10698F de la HPLM
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Photo 006 : 1957 - bateau "Moselle" de la HPLM Edmond Ragot, mon grand-père et Marie-Louise Neyt, ma mère |
Photo 006b : 1955 - Hildebert Neyt et sa femme Marie-Louise Pigat, mes grands-parents maternels |

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Photo 007 : 1957 - bateau "Saumon" de la Sanara - Hildebert Neyt |

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Photo 008 : 1957 - James Neyt et sa femme France, Marie-Louise Neyt mère et fille, Maryse Neyt à droite |

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Photo 009 : Lyon le 14/03/1958 - Sur le remorqueur "Vélox" de la HPLM, assis à gauche Edmond Ragot - Tous les autres sont capitaine d'un auto moteur HPLM |

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Photo 010 : bateau "Moselle" - Serge Ragot mon père |
Photo 010b : 1961 - Marie-Louise et Alain sur le bateau "Saumon" de la Sanara |

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Photo 012 : Mes parents et moi |
Photo 012b : bateau "Moselle" grand-mère Ragot |
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