- Les fluviales de JPh Lamotte -
Actualités de la navigation fluviale

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Les habitants du pays de Montech à Castelsarrasin sont habitués aux orages et il est même bien connu dans la région que les plus violents tombent toujours ici. Par contre, ce qui est arrivé ici dans la nuit du 20 au 21 juin dernier dépasse tout ce qui avait été enregistré de mémoire d'homme. Le pire est tombé sur les cinq écluses qui doublent la célèbre pente d'eau.

Lundi 19 juin 2006, n'était pas seulement le jour triste du début de semaine mais également l'avant-veille de la fête de la musique qui comme chaque année devait animer beaucoup de bourgs et de villages en France. Tout invitait donc à se coucher de bonne heure en prévision des festivités. Par contre ce qui n'était pas prévu, c'est que le ciel s'invite aux réjouissances avec 24 heures d'avance.

Vers minuit un premier éclair déchire le ciel au-dessus de la pente d'eau de Montech, suivit d'un roulement de tonnerre. Les orages ici, on y est habitué. Il est même bien connu dans la région que quand il y en a un sévère, c'est cette région qui écope du maximum. Par contre, ce qui fut inhabituel fut la fréquence des impacts. Tous les témoins abondent en ce sens et racontent que pendant plusieurs heures les éclairs se succédaient tellement qu'on y voyait comme en plein jour et le tonnerre était un fracas ininterrompu. Vers 1 h 00, le vent atteint sa force maximale. et Sur les platanes centenaires des berges, les feuilles sont arrachées et des branches de 30 cm de diamtre cassent comme du verre.

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Au milieu de ce fracas, vit une jeune femme seule avec ses deux filles de 3 et 12 ans. Elle est locataire de la maison éclusière Escudies N°14, qui est complètement isolée le long du canal à quelques centaines de mètres du bas de la pente d'eau. Dès le début de l'orage, elle ferme les volets, se barricade car le vent violent pousse l'eau qui rentre dans la maison sous les portes. Le fracas est tel, qu'elle n'entend même une partie du toit qui s'envole du côté opposé au canal ni les énormes branches qui fracassent la façade. Au pire de l'orage, le magnétisme est tel que les jouets électriques de ses filles démarrent tout seuls, elle est terrorisée. Ce qui l'impressionne le plus sont les éclairs ininterrompus comme une puissante lumière scintillante et continue. On y voyait comme en plein jour et la lumière passait par les fentes de volets. Le tonnerre est alors un roulement d'enfer continu. Cette situation, point fort de l'orage, durera environ une heure. Lors d'une accalmie, elle essaie d'ouvrir les volets d'une fenêtre puis de la porte mais aucune ne s'ouvre, elle est prisonnière. Elles sont bloquées par les grosses branches tombées des arbres mais elle ne le sait pas. Elle ne sachant que faire, elle appelle alors voisin, un des pilotes des machines de la pente d'eau.

Vers une heure du matin le voisin décide d'aller voir ce qui se passe à la maison éclusière. Le halage ressemble à un champ de bataille et un inextricable capharnaüm de branches encombrent le chemin. Il démarre un engin de la DDE et commence à dégager un passage jusqu'à la maison.


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Il faut dégager environ 500 mètres sous l'orage et ce n'est vers 4 h 00 du matin qu'il réussit à atteindre la maison et à libérer la porte. La mère et les filles sont sauves et d'ailleurs il n'y aura à déplorer aucune victime. A la maison éclusière N°12, en face du pont, le gendre du pilote nous raconte que vers deux heures du matin est arrivée la grêle. Sa chute qui a duré 15 mn, ce qui est très long, était tellement dense qu'il était impossible d'entendre les arbres cassés qui fracassaient les murs de sa maison et de la toiture. En sortant, il a découvert avec stupeur une couche de grêle de 90 centimètres d'épaisseur. En levant la tête, il n'en croyait pas ses yeux tant son environnement habituel était devenu un paysage d'apocalypse.

Nous étions en reportage touristique sur le canal et si nous n'avions pas changé le programme, nous aurions du nous trouver à passer la nuit dans un des ces jolis biefs ombragés qui longent la pente d'eau sous les arbres centenaires. Quand le jour s'est levé nous étions en escale à Moissac et j'attendais l'arrivée des agents de VNF pour descendre avec notre bateau sur le Tarn. C'est là que nous avons appris la nouvelle au moment où les radios locales commençaient à la diffuser à bord des péniches. L'alimentation en eau du canal était coupée à partir de Toulouse et la navigation était interrompue pour une durée indéterminée qui aux premières nouvelles ne devrait pas se compter en jours, mais en semaines.

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Quand nous sommes arrivés sur les lieux accompagnés de notre guide du CDT 82, il était 10 h 30. Tous les agents VNF du département, soit une quinzaine au total, étaient sur les berges depuis tôt dans la nuit, avec engins et tronçonneuses Les rumeurs les plus folles couraient sur la durée de remise en état du canal et aucun responsable ne s'engageait sur un pronostic. Sur les lieux, on pouvait presque par endroit parcourir le canal en son centre de branche en branche. A 11 h 00, nous apprenions que 15 autres agents d'un département voisin devaient venir en renfort. Enfin, de retour à Moissac, c'est vers 15 h 00 que la capitainerie diffusait la notice 2006-34 annonçant que : "La réparation des écluses endommagées et l'enlèvement des arbres tombés dans le chenal durerait au moins trois jours.

Le lendemain, la presse précisait que la station de météo avait relevé des vents de 130 à 150 km/h. Mais le long de la pente d'eau entre les écluses N° 12 et 17, où on déplore les plus gros dégâts, il n'y a aucun appareil de relevé et on peut estimer que le vent a atteint ou dépassé les 200 km/h. Pour cela, peut prendre en référence la tempête de 1999 où les dégâts n'ont jamais atteint localement de telles proportions.

Remerciements à :
- Michel Chosson chargé de mission au CDT 82 pour son appui logistique lors de ce reportage.
- M Valentin de l'ANPEI


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