|
Le fluvial de JPh-Lamotte - La location de plaisance
|
|---|
| Voir Venise autrement Par Jacqueline Farineau
L'escapade nautique de six retraités à bord d'un Classique Le Boat
Vous voulez partager avec les jeunes générations vos souvenirs de navigation, des histoires de mariniers
envoyez-les ici, nous les publierons dans ces pages |
![]() |
|---|---|---|
![]() |


![]() |
Photo 001 : ---------- |

Nous les vieux navigateurs d’eau douce, depuis 20 ans à bord de "Noé" notre Columbia nous sillonnons la Charente, notre fleuve riverain mais également les canaux et rivières de la belle Bretagne, la Sarthe et la Mayenne. Il nous restait un rêve et au fil du temps, il s’est transformé en projet. Nous avons mis à profit le temps de la retraite pour voir Venise en arrivant par la lagune. Cette ville dont nous sommes tombés profondément amoureux mérite d’être vue en arrivant par la voie des eaux. Nous n’avons eu aucune difficulté à convaincre nos cousins et un couple d’amis de nous accompagner. Nous sommes donc partis à trois couples pour visiter cette région si romantique de Vénétie. Que demander de mieux. Pour une semaine en octobre 2009, nous avons loué un bateau fluvial Classique "Le Boat" de 12,80 x 4 m |
à la base de Casal/Sile à quelques kilomètres de Trévise. Quand nous sommes arrivés, un taxi nous attendait à l’aéroport pour nous emmener à la base. Etant donnée l'heure tardive, elle était fermée mais le gérant nous attendait afin que nous puissions passer la nuit à bord. Nous devions partir dès le lendemain matin. Ce premier soir, nous avons pu voir notre demeure flottante que nous n'avions pu voir que sur Internet. Nous étions ravis de la découverte car c’était un petit palace comparé à notre "Noé" : quatre cabines, un grand carré, deux salles d’eau, deux douches et un beau coin cuisine bien équipé. L’air est très doux malgré l’humidité ambiante et nos cœurs d’anciens étaient aussi excités et joyeux que ceux de bambins en quête d’aventures exceptionnelles. Le mardi 6 octobre, les marinières, Francette, Nicole |
et moi-même sommes parties faire les provisions de nourriture tandis que le responsable de la base initiait brièvement Jean qui était désigné "Capitaine" pour la prise en main du bateau. Jean est un habitué de la navigation fluviale, nous supposons que ce fut la raison d'un apprentissage aussi court. Effectivement, dès le départ, le Capitaine avait déjà le gabarit dans l’œil. Il fut cependant un peu surpris par la forte démultiplication de la barre. Il était 11h05, quand nous avons largué les amarres, précédés par le canot de la base. Pour entrer sur la rivière, un pont levant doit être ouvert pour laisser passer les bateaux qui débouchent sur le Sile. Cette rivière qui est un bras du delta du Po, ressemble aux nôtres, avec ses poules d’eau, ses jolies maisons aux jardins verdoyants et ses saules pleureurs qui se penchent pour nous saluer. |

![]() |
Photo 002 : ---------- |

Notre premier accostage s'est fait en sauvage, amarré à une "bricola" en attendant l’ouverture de l’écluse de Porte Grandi qui est fermée entre midi et 14 heures. C’était la seule écluse que nous aurions à passer. Elle est très large contrairement à celles que nous connaissons. L’éclusier qui nous avait vus au loin prendre tranquillement notre repas sur le pont, se moquait gentiment de nous avec de grands gestes qui semblent dire "Ah ! Ces français, jamais pressés !.." Après une heure de navigation, nous avons débouché sur la lagune où on voyait de l’eau à perte de vue. L’entrée dans le bon chenal n’est pas toujours facile à déterminer (une paire de jumelles est à conseiller). Les chenaux sont balisés par les "bricolas" qui sont d’énormes piquets plantés dans l’eau. Les petites plaques blanches qui y sont accolées indiquent le côté navigable. |
Souvent chaque bricola a un habitant, soit la mouette, le goéland où le cormoran, des habitués sans doute, car rien ne les dérange. La lagune, c’est l’autoroute de la mer et le "classique" dont le moteur est bridé à 2000 tours est fortement chahuté par toutes sortes d’embarcations qui sont des"vaporetto" rapides (transport en commun aquatique), bateaux de touristes, barcasses de pêcheurs ou les hors bords de jeunes ivres de vitesse. Les limitations de vitesse, quand elles existent, sont rarement respectées. Le fort tangage ne provoquait aucun affolement dans l’équipage, tout juste peut-être quelques fous rires un peu nerveux mais Francette qui craignait le mal de mer était en pleine forme. Jean avait passé la barre successivement à Patrice et à Gérard qui s’en débrouillaient à leur tour très bien. Nous avions repéré des points d’amarrage sur Internet, mais le manque de signalisation sur la lagune est fort regrettable. |
La carte de navigation donnée avec le bateau était également très succincte. Quand nous avons aperçu des mats, nous avons reconnu un port en vue mais aucun panneau n’en signalait l’entrée. Nous nous sommes malgré tout engouffrés sans savoir si c'était l'entrée ou la sortie. Qu'importe, une barque à moteur est venue à notre rencontre pout nous attribuer une place. C'était le port de san’t Elena, l’unique port de Venise, celui justement où nous avions prévu de passer la nuit et nous avons été taxé de 86 euros pour 24h. La majorité des bateaux amarrés sont des voiliers dont beaucoup probablement en hivernage. Nous donnons un bon point aux Italiens pour leur leçon d’écologie, il est interdit de se doucher et de se servir des toilettes du bord dans les ports. Des installations très correctes sont mises gratuitement à la disposition des plaisanciers. Malheureusement, les ports à Venise et ses environs sont peu nombreux et fort chers. Nous avons par exemple évité San Giorgio qui nous aurait couté environ 150 euros par nuitée. |

![]() |
Photo 003 : ---------- |

Après les formalités d’usage, nous avons pris le vaporetto pour nous rendre à la célèbre place "San Marco". Jean et moi, étions déjà venus à Venise, mais nous sommes toujours émerveillés par la beauté de cette ville enchanteresse chargée d’histoire. Que dire alors de nos compagnons qui venaient pour la première fois. Malgré le flot de touristes, nous sommes restés là bouche bée devant la majesté du Palais des Doges et la beauté de la Basilique Saint Marc. Après un passage obligé dans les rues commerçantes, surtout pour faire plaisir à l’équipage féminin, nous avons terminé notre soirée au restaurant "Barbacanni" que nous connaissions déjà et qu’il a fallu retrouver dans les ruelles étroites. Le patron qui maîtrise parfaitement notre langue nous a reçus de manière affable avec apéro et grappa à la fin du repas. Nous devions nous coucher tôt et cependant nous sommes rentrés par le dernier vaporetto. Les rues du quartier san’t Elena se souviendront longtemps de mes fous rires et de ceux de Nicole, pour un rien, simplement et naturellement parce que nous étions bien. |
Notre nuit fut bercée par un léger roulis et Francette ne fut pas malade, elle était déjà amarinée. Le matin, je fus tirée de mon sommeil par les cloches d’un campanile qui égrenait au loin un "ave maria" cristallin. Par le hublot de notre cabine avant, je voyais un grand mat qui se balançait. Il était sept heures et le jour se levait. Je me suis habillée sans faire de bruit pour me rendre au bord de la lagune et prendre des photos. Surprise, j’ai aperçu les ombres furtives de bateaux qui fonçaient à coups de corne de brume dans l'épais brouillard qui recouvrait l’eau. C’est relativement fréquent à cette période de l’année parait-il. La matinée fut consacrée à la poursuite de la visite de la cité des Doges ce qui signifiait quartier libre pour l’équipage. Jean et moi sommes partis visiter des endroits un peu hors des sentiers battus, comme l’arsenal, le parc Giardini et le quartier du château, plus populaire avec ses petits commerces et son marché. La ponctualité fut respectée, et à 15 heures, nous quittions le port de san’t Elena pour d’autres destinations dont la |
prochaine halte était prévue à l’île de San Servolo. Nous savions que nous n'y trouverions aucun amarrage, ainsi qu'à San Lazzaro Dei Armeni. Nous avons admiré les îles depuis le pont mais notre déception fut grande de ne pouvoir les visiter. Allions-nous avoir plus de chance au Lido ? Nous avons longé la côte, rien en vue, tout était "privato" et on nous l'a fait rapidement comprendre. Enfin le long d’un quai, le capitaine a aperçu un petit piquet et une borne en pierre où l’on pourrait peut-être s’amarrer. Un escalier en pierres moussues permettait de rejoindre la terre ferme. En sautant avec le bout à la main, Patrice a glissé et est tombé entre le quai et le bateau. La première seconde de stupeur passée a laissé laisse place à la peur qu’il soit pris en sandwich entre la coque et le mur. En voulant le secourir, Gérard a également glissé, mais il a réussi à aider notre compagnon qui s’en est tiré avec un bain malodorant et une éraflure au tibia. De surcroît, nous étions dans un chenal et on nous a rapidement fait savoir que nous allions gêner, ce qui qui était vrai. |

![]() |
Photo 004 : ---------- |

Le brouillard s'est levé et la nuit est tombée tôt, il nous fallait trouver un port. Nous sommes partis en direction de "Certoza" où il restait une place. L'île a un passé historique, autrefois occupée par un monastère, elle est aujourd'hui quelque peu négligée. On y trouve juste un petit chantier naval, un restaurant pour les plaisanciers, la capitainerie et quelques chèvres qui amènent un peu de vie en ce lieu. Pour égayer les ruines, des sculptures abstraites sont posées çà et là, notamment un gigantesque éléphant que l’on peut voir de la lagune. A la nuit tombée, des ennemis inattendus nous ont attaqués, les moustiques. Devant le nombre, nous avons capitulé en nous calfeutrant dans le carré mais un peu tard, car le mal était déjà fait. Nous étions en plein marais, l’hygrométrie importante et la douceur du temps étaient le nid idéal pour la reproduction de ces sales bestioles. Nous avons du rester deux nuits dans ce port. Le 7 vers 11 heures du matin, nous avons vainement attendu un hypothétique vaporetto au bout de la jetée. |
Le brouillard était à couper au couteau et une pénichette de location qui semblait perdue tournait en rond. Nous avons estimé qu’il serait dangereux de s’aventurer sur la lagune avec une visibilité quasi nulle. En effet, les transports avaient été arrêtés pour cette raison. Enfin, une petite navette gratuite filant bon train est venue nous chercher pour nous déposer à San Pietro, une île qui est reliée au continent par un pont. Après une demi-heure de marche, nous étions de retour dans le centre de Venise. Quartier libre fut alors de nouveau donné à l’équipage pour les visites et promenades Pour nous deux, ce fut le marché du Rialto et la rue des joailliers pour trouver un bijou commandé par des amis de l’association "Les navigateurs charentais". Hélas, ce bijou ne se faisait plus et nous avons été déçus pour eux. Après la visite du célèbre et magnifique musée "Academia", nous sommes rentrés au bateau et chose merveilleuse, le beau temps était revenu. |
Quand la brume est levée, il fait en général beau et plutôt chaud alors nous avons pris une bonne douche en attendant nos amis. La fatigue disparue, j’en ai profité pour commencer à préparer le dîner. Le départ de Certoza a eu lieu vers 15 heures, une fois le brouillard disparu. Nous savons qu’à Mazzorbo, il existait existe un appontement pour les locations mais sans eau ni électricité. Qu’importe, le Classique avait suffisamment d’autonomie pour deux nuits. Nous avons donc longé San Erasmo surnommé le jardin de Venise. C'est une vaste île où nous voyons des fermes entourées de champs d’artichauts et de vignes. Il paraît qu’un français y produit un bon vin blanc, ce qui a fait rire un Italien quand nous lui avons dit cela. Au loin, nous avons aperçu un campanile qui penchait sérieusement et les plaisanteries sont allées bon train : "Non, nous ne sommes pas à Pise !". |

![]() |
Photo 005 : ---------- |

Burano était en vue avec ses maisons peintes de toutes les couleurs, ce qui donne un cachet et un charme fou à cette jolie île dédiée à la dentelle. Ces maisons peintes remontent à un temps lointain quand les pêcheurs revenant de la lagune reconnaissaient ainsi leur propre demeure. La nuit, nous avons été un peu brassés par des bateaux rapides qui passaient tôt. Peut-être des gens qui allaient travailler sur le continent mais c'est une déduction toute gratuite. Francette est allée faire une grande balade à pied tandis que Gérard a fait son footing. Le samedi 10, nous nous sommes levés avec la pluie et le tonnerre mais le vent était inexistant. Il faisait doux alors, bien équipés, les promenades pouvaient se faire. Les deux quartiers maîtres et leurs épouses ont pris le vaporetto pour Murano. Nous deux, nous sommes restés sur place fuyant les rues bondées de touristes pour découvrir les quartiers calmes, là où vivent les vrais habitants de l’île au bord des canaux où dans des rues aux maisons modestes mais bien entretenues avec des jardinets fleuris. Nous avons visité la belle église au clocher qui penche et déjeuné avec les "buranelli" au bar des sportifs. Nous étions les seuls touristes. Quel est cet à priori qui dit que Venise est sale, partout où nous sommes passés nous n’avons pas vu un seul papier par terre, il en est de même dans les îles. Quelquefois, les conteneurs à ordures débordent mais rien d’étonnant eu égard au nombre de touristes. |
Vers 17 heures, alors que nous dégustions une glace devant la gare, un bateau promenade a déversé son flot de voyageurs. Parmi eux, il y avait nos amis, enchantés de leur journée à Murano mais frustrés de n’avoir pu visiter le Musée de la Cristallerie fermé le samedi après-midi. Le matin du dimanche 11, nous avons navigué vers Torcello où évidemment nous n'y avons pas trouvé d’amarrage. De ce côté-là de la lagune, tout est bien différent. Nous y avons rencontré les fameuses "barennes", ces lambeaux de terre marécageux qui se recouvrent d’eau lors des grandes marées et où la flore et la faune sont importantes. Nous y avons vu des canards, un cygne et une aigrette garzette. Nous y avons également croisé des chasseurs dans leur barque camouflée avec des roseaux, ce qui a rappelé à Patrice qui est chasseur, les "tonnes" que l’on trouve dans les marais de Rochefort et de Marennes (abris camouflés où se cachent les hommes pour guetter le gibier). La flore est composée de roseaux, bien sûr, et nous y avons reconnu l’aster et la salicorne. Nous avons repassé l’écluse de Porte Grandi avant midi pour retrouver la rivière Sile. Un ponton nous attendait à Quarto Altino. Nous étions semble-il à la périphérie d’une ville avec des logements sociaux et une zone artisanale. C’était dimanche, nos provisions commençaient à se faire rares. |
Les magasins étaient fermés et nous partions le lendemain. Un seul restaurant était ouvert et il fallait le mériter car il était loin… mais la "faim" justifie les moyens. Nous devions être à la base à 17 h et tandis que je faisais ma sieste, mes copines à tour de rôle prenaient la barre. Nous sommes arrivés un peu en retard de 25 mn en raison du courant descendant mais tant pis, comme on dit chez nous : "c’est le quart d’heure charentais". Le responsable de base est venu nous ouvrir le pont et le Classique a retrouvé son emplacement. Voilà, c’était fini et nous avons commencé à remplir les valises et à faire du rangement. Le matin du 12 octobre, fin de notre croisière, le bateau était propre, la caution rendue et ce fut avec un peu de nostalgie que nous avons pris le taxi pour l’aéroport. Notre expérience d’anciens qui est sensée nous apporter sagesse, nous a fait dire que toute bonne chose avait une fin. Mais, c’est certain, à Venise, nous y reviendrons. Jacqueline Farineau (oct. 2009)
|

![]() |
Photo 006 : ---------- |

![]() |
Photo 007 : ---------- |

![]() |
Photo 008 : Fernand au travail, la restauration de "Moïse" vient de commecer |

![]() |
Photo 009 : ---------- |

![]() |
![]() |
Photo 010a : ---------- |
Photo 010b : ---------- |

![]() |
Photo 011 : Jacqueline à bord du Classique Le Boat |
Fin de page![]() |
Photo 012 : |