Le fluvial de JPh-Lamotte - La batellerie artisanale
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Le renflouement du Condorcet

Coulé en 1985 et renfloué en 1988 au quai Saint-Cyr à Rennes
par Claude et Michael Rabet

Le Condorcet est aujourd'hui une des deux unités flottantes du musée de Redon.
Pourtant, en fin de vie, il a bien failli terminer au fond de l'eau.
Claude Rabet, qui a passé sa jeunesse à bord, nous raconte l'épisode du renflouement.

Claude Rabet
Michael et Claude
Répertoire des bateaux bretons   -   Les pages de la famille Rabet   :   Claude Rabet   -   Luxemotor Jo   -   Le "Condorcet"   -   La "Léone"   -   Au fond des tiroirs
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certificat de recrutement Claude Rabet
Claude Rabet recensé comme "personnel Naviguant" à bord du Condorcet en mai 1960

       

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Photo 1 : Le Condorcet en 1959. Il était là en peinture pendant un chômage   -   Médaillon : Henri Hurteau, patron du Condorcet, frère de Jeannette

       

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Photo 1 : Le Condorcet, quai Saint-Cyr à Rennes. L'avant est plein d'eau et s'appuie sur le fond

       


            Le Condorcet est un chaland Nantais de 27 mètres pour un poids de 40 tonnes qui a été construit en 1910 aux Ateliers et chantiers de Bretagne. Mais ce n'est pas n'importe quel bateau, c'est celui où j'ai commencé ma carrière de marinier comme matelot. Il va naviguer pendant 55 ans et il arrêtera en 1965*. A cette époque, il appartenait toujours à Mme Jeannette Hurteau, mon ex-patronne. Vendu en viager, il a connu différentes fortunes et il finira par revenir entre les mains de Janette. Il restera amarré au quai Saint-Cyr de Rennes où il fera le bonheur des squatters pendant des années.

(*Quatre ans plus tard, en 1969, la navigation s'arrêtera sur le Canal d'Ille-et-Rance. Je ferai d'ailleurs le dernier voyage de St Malo à Rennes avec la Léone, chargée de 97 tonnes de pâte à papier).


            En 1988, Jeannette, pour laquelle l’entretien du Condorcet devenait trop lourd, m'a demandé de lui trouver un acheteur. Parallèlement, M. Claude Beaudouin, vice-président de l'association du "Musée de la batellerie de L'ouest" de Redon, avait pris contact avec elle et lui proposait l’achat du Condorcet pour le Musée de la Batellerie.

            Un jour, je reçois un appel de Jeannette qui était un peu embarrassée :
- "Claude, j'ai appris que le Condorcet, allait par le fond au quai Saint-Cyr."
- "Oui, je sais qu'il prend l'eau mais ce n'est pas trop grave".
- "Si quand même, maintenant il touche le fond".

Devant son insistance, j'ai décidé faire les 80 km en partant de Redon et d'aller à Rennes avec mon fils Michael.

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En arrivant sur le quai St Cyr (photo 1), il a bien fallu constater qu'il était plein d'eau dans la cale et dans la cabine avant. D'ailleurs, il piquait du nez et toute la partie avant touchait le fond. Il était 21 heures et nous n'avions pas les moyens de faire quoi que ce soit. Alors c'est un peu tristes que nous sommes rentrés à Redon. J'avais de la peine car j'ai quand même passé ma jeunesse sur ce bateau.

            A peine arrivés, j’ai appelé Jeannette en lui disant qu’il fallait faire venir les pompiers pour qu'ils le renflouent avec des pompes. Hélas, Claude Beaudoin, à qui Jeannette avait donné mes coordonnées, m'a appris par téléphone que les pompiers avaient déjà fait deux interventions similaires sur demande de la ville de Rennes et qu'ils ne voulaient plus se déplacer. Nous avons donc pris la décision de renflouer le bateau dès que je serais en vacances.

            Nous sommes donc partis pour Rennes un matin à 7h30. Pendant le trajet, la discussion portait sur la découverte que nous allions faire lorsque l’eau serait pompée. Mais encore fallait-il que les pompiers acceptent de revenir.

       


Il a fallut négocier et en fin de compte ils sont revenus avec le matériel. Le travail de pompage a commencé et le bateau a soulagé doucement. Le chef des pompiers m'a alors fait remarquer que cela faisait la troisième intervention et que ce serait la dernière. Calmement, je lui ai expliqué que notre présence prouvait que le bateau serait remis sur l’eau et non dans l’eau comme il l’était à ce moment-là.

            Pendant que l'eau était pompée, je suis descendu dans la cale avant pour voir les fuites. Il nous fallait des planches et du ciment pour faire des batardeaux.


Nous avons bouché les petites fuites, le temps que Claude Beaudouin aille nous chercher des matériaux pour étancher les grosses, ce qui nécessitera plusieurs voyages. Sur le quai, une caisse judicieusement pleine de sable nous a aidés à faire du mortier. Puis, à mesure que l’eau était pompée, nous sommes allés voir le moteur car il fallait qu’il tourne pour partir sur Redon, car nous ne voulions pas laisser le Condorcet à Rennes. Le moteur en question était un Baudouin DB4 de 60 cv d'environ une tonne*. Il ne tournait plus ni d’un sens ni de l’autre, il était grippé. Il fallait donc également appeler un mécano pour qu’il vienne le démonter et le remettre en état.


Au soir du premier jour le bateau était à flot. Sept sacs de ciment de 50 Kg avaient été nécessaires. Il restait encore quelques fuites mais pas suffisamment pour que le bateau retourne "à la cave" pendant la nuit. Nous sommes partis de Rennes à 17h. On avait gagné une manche mais on était parfaitement conscient que le Condorcet n’était pas encore arrivé à Redon et que c'était toujours une passoire flottante .

(* Ce moteur était le successeur d'un DB3 de 30 cv qui avait été démonté et vendu pour être monté sur la Léone qui était alors le bateau de mon beau-père)


       

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Photo 4 : Au départ de Rennes. Une passoire flottante qu'il faut faire naviguer avec délicatesse

       


Le lendemain matin, nous sommes partis plutôt pour être avec les mécanos au démontage. Ils sont arrivés à 9 h et on leur a donné la main pour le démontage. Le Condorcet était toujours sur l’eau avec quelques fuites mais ce n'était pas méchant. Nous avons démonté les culasses et les cylindres. La tuyauterie de cuivre avait disparu depuis longtemps et il a fallu mettre de la durite et des colliers mais ce n'était que du provisoire, juste pour descendre à Redon. Les mécaniciens nous ont alors dit qu’il fallait emmener le moteur à l’atelier pour le nettoyer, ce qui prendra deux jours avant qu'il ne soit remonté. Je souhaitais que cela soit fait au plus vite car je devais partir en vacances dès le samedi suivant.


L’heure du remontage était arrivée, il n'y avait donc pas de temps à perdre. Tout le monde donnait un coup de main et le moteur s'est remonté plus vite que je ne pensais. On en était aux réglages de finition et l’heure de vérité était toute proche. Tout le monde était sous pression. Le meccano a dit :"on va voir si on a bien travaillé". Nous avons croisé les doigts et le moteur a démarré. Il fumait correctement, la circulation d’eau fonctionnait, tout avait reprit sa place. Ce fut un vrai plaisir de l'entendre tourner à nouveau. Quand nous avons largué, le quatrième jour, il était 11h15. Le Condorcet se débordait doucement du quai Saint-Cyr, après avoir laissé son empreinte dans la vase du fond.


            Nous partions pour la ville de Redon. Claude Baudouin nous a rejoints à l’écluse d’Apigné, pendant que j'étais parti chercher des casse-croûtes. Quand on est marinier, c'est pour la vie alors les veilles habitudes sont revenues naturellement. Pour ne pas perdre de temps nous les avons mangés en route. Les écluses défilaient, il faisait beau et il n'y avait pas de vent mais il fallait faire attention car la coque restait fragile. Un choc et c'eut été la voie d’eau. Quand nous sommes arrivés à l’écluse de Guipry, l’éclusière m'a demandé si on souhaitait passer. Je lui ai répondu qu'il était trop tard pour aller à Redon. Nous sommes donc restés au quai.


       

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Photo 5 : Sur le chantier de Nort-sur-Erdre

       


            Le lendemain, c'est Claude Beaudouin qui nous a ramenés. La première des choses fut bien entendu de vérifier les fuites. Il y avait un peu d’eau mais la pompe en est vite venue à bout. Quand nous avons mis en route, il était 10 h30. Nous avons passé l’écluse de Malon et ce fut la descente pour Redon. Il nous fallait environ 5 h pour arriver au bassin du port. Le moteur tournait bien mais on ne forçait pas sur la mécanique car on ne voulait pas rester en rade. Chemin faisant, les souvenirs revenaient. J'ai dit à mon fils Michael, on va voir la rivière défiler, nous allons apercevoir le clocher de la ville de Redon en croisant la belle anguille, le pont du chemin de fer, le pont de la digue et nous passerons l’écluse Maritime* de Redon entre la Vilaine et le grand bassin. Le voyage touchait à sa fin et nous avons la figure toute noire avec la fumée. Le Condorcet a accosté au quai du grand bassin où il y restera deux mois et demi en attente d’une décision de la Mairie pour faire les travaux. Fin d'une histoire vécue : les bateaux sont faits pour flotter.


(*Cette écluse avait autrefois des portes doubles comme toutes les écluses de mer et c'est par là qu'arrivaient les bateaux en bois. Mais elles sont devenues caduques après la construction du barrage d'Arzal et les portes doubles furent démontées mais le nom d'écluse "maritime" est resté)

            Après les deux mois, on était en octobre, Claude Boudouin, m'a téléphoné pour me dire que la Mairie de Redon donne son feu vert pour envoyer le bateau aux chantiers de Merré de Nort-sur-Erdre. Nous partons de Redon le 15 octobre 1988 à 11 h 30 pour arriver à Blain à 18 h 30 où nous allons passer la nuit. Le lendemain à 9 h , nous arrivons à l’écluse de la Remaudais où Claude nous rejoint en voiture pour nous demander si tout va bien, et il en profite pour prendre des photos. Les heures passent. Quand on arrive dans les petits biefs il n’y pas de bateaux montant, la descente se fait alors rapidement. Nous apercevons le chantier où l’accostage va se faire et M. Merré me dit, "on le montera demain".



Après la mise à terre du Condorcet, on lui fera un sablage et une peinture mais c'est tout car il est trop coûteux à réparer et c'est par la route qu'il reviendra à Redon. Il va rester ainsi sur des cales de bois devant le bâtiment du Musée pendant douze ou treize ans.

            Puis, en 2004 il sera transporté par la route à Nantes dans le chantier de réinsertion ATAO-Métallerie où on va enfin le reconditionner. Un chantier qui a durée deux ans et le premier juin 2006 il flottait à nouveau. C'est par ses propres moyens qu'il a descendu les écluses du canal de Nantes à Brest jusqu'à son poste au grand bassin de Redon où il est arrivé le 14 juillet de la même année.

Claude Rabet                



(mise en ligne aout 2009)

       

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Photo 6 : Sur le chantier de Nort-sur-Erdre

       

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Photo 7 : Départ de Nort-sur-Erdre et Retour à Redon par la route

       

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Photo 8 : Départ de Nort-sur-Erdre et Retour à Redon par la route

       

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Photo 9 : Sur le quai du grand bassin de Redon pour plus de dix ans

       

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Photo 10 : Claude Rabet à Gauche et sa famille

       

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Photo 11 : Départ de Redon pour Nantes, encore une fois par la route

       

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Photo 12 : Départ de Redon pour Nantes, encore une fois par la route

       

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Photo 13 : L'arrivée à Nantes. Au départ de Nantes, il rentrera au port de Redon par ses propres moyens.

       

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Photo 14 : Le Condorcet à flot dans le grand bassin du port de Redon depuis le 14 juillet 2006

        Fin de page

Flash back

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Photo 15 : -------

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