les fluviales de JPh. Lamotte - La batellerie de commerce

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Fernande & Omer Dourlen
Jean-Philippe Lamotte Les 707 voyages d'un marinier du Nord


Vous avez une ou plusieurs anciennes photos de bateaux. Elles peuvent intéresser les familles de mariniers envoyez-les en prenant contact ici, nous les publierons dans ces pages



          Omer Dourlen est né dans les années folles au sein d'une famille dont le grand-père était déjà marinier et la batellerie a été le naturel de sa vie. Il n'est donc pas étonnant que l'exceptionnel qui occupe une place importante dans sa mémoire soit la guerre qui l'a conduit de façon inattendue sur les verts pâturages de sommets Suisses à l'âge de neuf ans.

          Il raconte une période de guerre comme bien peu l'ont vécue. Il a aujourd'hui 81 ans (avril 2011) et ce qu'il écrit est déjà un document historique recueilli à la source.
JPh-Lamotte          

Voir les photos : Grève et barrage à Rouen (Cours la Reine) en 1973
Grève et barrage à Rouen en 1937
    -     Grève et barrage à Conflans en 1973
La liste des 707 voyages d'Omer Dourlen
Bateaux cités dans ce texte : Ste-Adresse, Joanna, Lysiane, Rimisac, Brise-lames, Réjane, Yole, Féréor, Toria, Mirabeau, Europa, Yarra, Samson, Isatis
Les documents de batellerie

Convention de
voyages multiples

Convention d'affrètement de 1968


Spécification d'un bateau en acier de type "Motorspits"


Inscription
au tour de rôle




       

Le premier Lysiane – Ma mère, ma sœur et moi
01 - Le premier Lysiane – Ma mère, ma sœur et moi

       


          Je suis né le 25 mai 1930, à Charleville–Mézières dans les Ardennes, au lieu-dit le Batardeau, sur le bateau Sainte-Adresse, le premier du nom. C'était un Arbel motorisé avec un Kromhout de 60 CV. Mes parents n’étant pas d’accord sur le choix de mon prénom, ma mère a dit : "on n’a qu’à l’appeler comme le voisin d’en avant". C’était un Flamand, qui s'appelait Omer Debliek, du bateau Joanna construit au chantier De Wachter à Boom, en Belgique. C’est ainsi que je m’appelle Omer.

Lysiane
          Par la suite, mes parents ont fait construire le même bateau et l’ont appelé Lysiane, du prénom de ma sœur. A 7 ans, j’ai été mis en pension chez des particuliers à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour pouvoir aller à l’école. Un an plus tard, je suis allé au pensionnat de Saint-Ghislain près de Mons, en Belgique. Mes parents se sont séparés en 1938 et j’ai alors voyagé seul avec mon père.

          Avec ce bateau, nous avons fait beaucoup de voyages de sable sur la Seine, de Guerville à Paris. Nous avons aussi transporté des fûts de vin de Rouen à Bercy, ainsi que du charbon.


Je garde également en mémoire ces chargements de pierres de taille, à Ecuelles près de Saint-Mammès (Seine-et-Marne). Ces pierres étaient destinées à la construction du pont de Neuilly-sur-Seine. Certaines pesaient jusqu’à une tonne.

Le Front Populaire
          Nous travaillions pour la maison Roth, une compagnie qui possédait des bateaux appelés L.R. Un jour, elle nous envoya à Dunkerque avec du ciment. Mais c’était en 1936, en pleines grèves du Front Populaire. A cette époque, les mariniers faisaient grève pour obtenir l’affrètement au tour de rôle. Comme nous étions considérés comme des "jaunes" ou "bourriques" (c’était le nom qu’on donnait aux non-grévistes), on nous a parqués dans un bassin et nous étions ravitaillés par les dockers du port qui, eux, étaient les "rouges". Nous n’avions pas le droit de sortir (sauf si on donnait une petite pièce aux gardiens.). Finalement, nous n’avons pas pu décharger notre ciment et on nous a renvoyés je ne sais plus où. Pour sortir du port et pouvoir passer entre les bateaux des "rouges" en grève qui étaient amarrés de chaque côté, nous avons été escortés par des gardes mobiles.


Il y en avait un à bord et un tous les 15 mètres sur les berges de chaque côté de l’Ile Jeanty. J'avais 6 ans et j'avais très peur.

Décès et déclaration de guerre
          De ces années-là, je me souviens du jour où lors d’un transport de grumes pour Liège, les gendarmes nous ont arrêtés sur le canal de Bourgogne pour donner à mon père son fascicule militaire. Il était "mobilisé à bord". Il est décédé la même année, à l’âge de 38 ans, des suites d’une péritonite. Il a été enterré avec ses parents à Janville dans l’Oise. C’était en 1939, le jour de la mobilisation générale et j'avais neuf ans. J’ai alors regagné la maison qu’habitait ma mère, à Saint-Pol-sur-Mer, près de Dunkerque dans le Nord et nous avons donné le Lysiane à conduire à un contremaître qui avait un bateau de bois. Avec mon grand-père et ma mère, nous avons emménagé dans ce bateau pour le conduire de Béthune (Pas-de-Calais) à Dunkerque. Nous avons chargé du charbon à La Lacque pour Coudekerque-Branche. C'est le seul transport que nous ayons fait avec ce bateau. Ensuite, je suis retourné en classe chez le Père Marcant, une école religieuse pour les enfants de mariniers qui était devenue laïque.


       

Les rouges apportent du pain au jaunes Les non grévistes orgnisent un bal
02 - Les rouges apportent du pain aux jaunes 03 - Les non grévistes organisent un bal qu'ils baptisent ainsi par dérision

       

La motorisation du premier Sainte-Adresse en 1927
La guerre 39/45
          Mes neufs ans ont été salués par la déclaration de la guerre. Dans le Nord, il n'y avait plus que des femmes et des enfants. Avec les bombardements de mai 1940, les raffineries de pétrole étaient en feu. Nous nous sommes d'abord réfugiés dans la poudrière du Carré de la Vieille à Dunkerque. L’endroit était surpeuplé alors nous avons évacué au Guindal, près de Bourbourg, à une vingtaine de kilomètres de chez nous. Nous nous sommes installés dans la maison éclusière avec deux autres familles. Là, nous n’avions plus rien pour nous nourrir que le lait d’une vache que ma mère et une tante avaient pu traire. Ensuite, nous sommes partis pour Calais car les femmes pensaient que ce serait plus calme mais tout était en feu et les balles nous sifflaient au-dessus de la tête. C’était encore pire. Des fermiers très accueillants ont accepté de nous héberger, puis nous sommes repartis au Guindal. Soudain, sur la route, 2 motards allemands ont surgi mais il y eut plus de peur que de mal. Après avoir inspecté les lieux et vérifié qu’il n’y avait pas de soldats, ils sont repartis… en nous donnant trois boîtes de viande. Finalement, nous sommes rentrés à Saint-Pol.

          Heureusement, la maison était intacte. Par contre, peu de temps après, nous avons appris que le Lysiane avait brûlé à Béthune, en face du silo. Il avait été réquisitionné par l’armée française qui reculait devant l'avancée allemande et il était chargé de biscuits et de chaussures pour les soldats. Et ce sont justement eux, les soldats français du Génie, qui l’ont fait sauter avec des explosifs placés à l’avant et à l’arrière. De nombreux autres bateaux ont connu le même sort. Il y en avait ainsi des centaines au fond, jusqu’à Bauvin et dans d’autres canaux. Il ne fallait pas qu’ils tombent aux mains de l’ennemi. Quant au bateau de bois, il fut bombardé à Dunkerque.

04 : La motorisation du premier Sainte-Adresse en 1927

       


L'occupation
          En mai 1941, j'ai fait ma communion à l’église Saint-Martin de Dunkerque. En plus du costume de la Croix-Rouge, donné gratuitement, ce jour-là les tickets de rationnement donnaient droit à 2 kg de viande, qu'il fallait acheter. Les bombardements faisaient toujours rage. On a proposé aux parents d’envoyer leurs enfants dans des familles d’accueil pour les mettre à l’abri. J'étais volontaire pour partir. Mon premier séjour fut à Winterthur en Suisse allemande. La famille était très gentille et surtout, je mangeais bien. Je n’avais jamais vu autant de neige et j’ai appris à skier. Je suis rentré au bout de 5 mois, ayant bien repris des forces.

          Au mois de juillet suivant, ce fut un nouveau départ, mais en France, cette fois pour Plainfaing, dans les Vosges et pour 4 mois. La famille Muller qui cultivait un potager, élevait également des lapins et des poules. Alors, même si les restrictions étaient sévères, nous pouvions toujours manger à notre faim. Je garde un très bon souvenir de ces gens et de leur fille Charlotte plus âgée que moi.
Megève 1943-
05 : Le lever des couleurs à la colonie de vacances à Megève en 1943

       

Mai 1942
Ensuite, en mai 1943, je suis parti en colonie de vacances à Megève. Le centre médico-social y avait réparti les enfants dans tous les hôtels de la ville. Au début, nous étions 2000. Il y avait des nordistes, des Bretons, des Normands, des Lyonnais et des petits gars du Sud-Ouest. La place était d’abord occupée par des soldats italiens, alliés des Allemands qui avaient repris la Savoie et par la suite, par des allemands. C'était l'époque de la ligne de démarcation et de la "zone libre" (ndr : en partie et jusqu'en 1942) du Maréchal Pétain. Tous les dimanches, sur la place, nous assistions à la levée des couleurs en chantant "Maréchal, nous voilà". En 1944, je suis parti pour la Clusaz. Là, nous étions beaucoup moins nombreux, tout juste une cinquantaine et accompagnés d'un instituteur. Il n'y avait que l'hôtel des Aravis qui était réquisitionné. Les chefs étaient tous des résistants qui disparaissaient à chaque fois que la milice montait. Puis je suis reparti à Megève. Le nombre d’enfants diminuait car la Provence venait d'être libérée et le débarquement en Normandie venait de commencer et la fin de la guerre était proche.

En 1945, j'ai été transféré à Chamonix et ce n'est qu'au mois d’août que je suis parti pour Paris, avec une dizaine d’autres enfants. A cause de la fameuse "poche de Dunkerque", je fus le dernier à être rapatrié. Au bout de plus de 26 mois, je pouvais enfin rentrer chez moi. Ma mère était venue me voir une fois et mon grand-père qui était réfugié à Pouilly-en-Auxois en Côte-d’Or était également venu une fois. Ah, les jolies colonies de vacances !

Apprentissage dans la France libérée
          Après une année scolaire, je suis parti faire mon apprentissage du métier de marinier. Ce fut d’abord avec mon oncle Casimir Dourlen qui avait le bateau Rimisac, puis ce fut chez Léon Dourlen du Brise-lames. Ensuite, ce fut sur le Réjane à Delmotte qui était marié avec la sœur de ma mère, et puis sur le Yole à Deroy. Après cela, et en attendant d’avoir le dommage de guerre du Lysiane, j'ai travaillé au renflouement des épaves à l’entrée du port de Dunkerque. En 1948, j'ai passé mon permis et en 1957, j'ai obtenu la dispense pour conduire les bateaux de Rouen jusqu'au Havre sans pilote.

06 : Hiver 1943/1944 : Après avoir appris à skier en Suisse, j'ai pu continuer à pratiquer à Megève puis à Chamonix.

       


L'examen se passait à Rouen devant une douzaine de maritimes, capitaines et commandants des ports du Havre et de Rouen. A cette session il y avait une dizaine de mariniers. Plus tard, trois marinières obtiendront aussi leur dispense.

Le nouveau Lysiane
          A 18 ans, en tant que plus jeune sociétaire de la S.R.P.F. (Société pour la Reconstruction du Parc Fluvial), je suis parti à Boom avec ma sœur de 2 ans mon aînée pour prendre possession du nouveau Lysiane. Nous l’avons emmené à la traction jusqu’à Gand pour y faire installer un moteur ABC, 3 cylindres de 135 CV, puis nous sommes repartis à vide pour Dunkerque. Ensuite, nous avons fait un voyage de phosphate à Auby dans le Nord. De là, nous avons obtenu un fret de charbon avec chargement à Pont-à-Vendin (Pas-de-Calais) pour Ivry-sur-Seine. Malheureusement, la grève des mineurs a éclaté et nous sommes restés bloqués pendant 1 mois et demi.

Le deuxième Lysiane à Gand
07 : Le 19 août 1948 : Le deuxième Lysiane à Gand, suspendu à une bigue pour refaire le joint d'étanchéité de l'étambot

       

Le service militaire à Vieux-Brisach
Cabotage et rencontre
          Après quelques années de navigation sur la Seine, j'ai fait un voyage de pyrite du Havre à Wasquehal, dans le Nord. J'ai alors passé quelques temps à caboter dans cette région où j'ai fait la connaissance de ma future femme, Fernande Guilbert du bateau Féréor et vint le moment du service militaire. J'ai passé 18 mois sous les drapeaux à Vieux-Brisach en Allemagne, occupé à de nombreux chantiers sur le Rhin dans les vedettes du génie. Le 25 octobre 1952, nous nous sommes mariés à Dunkerque. Nous avons aussitôt enchaîné avec un transport de ciment en vrac de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais) pour Vernon dans l’Eure. Nous sommes restés un mois en surestaries ¹ amarrés à bord du Toria dont le propriétaire, Lucien Padié, avait été mon copain de régiment. Qui dit mieux comme voyage de noces ?

Les premiers gabarits "canal du Nord"
          Après 18 ans passés à travailler avec le Lysiane, nous avons décidé de faire construire un chaland de 45 m de long et 5,70 m de large au chantier Landy à Arques (Pas-de-Calais). Plus tard, nous le ferons rallonger de 13,50 m à Saint-Denis près de Paris.
Notre mariage le 25 octobre 1952
08 : Le service militaire à Vieux-Brisach 09 : Notre mariage le 25 octobre 1952

       

Le deuxième Lysiane chargé de grumes
Deux autres bateaux semblables au nôtre, le Mirabeau et l’Europa, de type "canal du Nord", avaient également été construits quelques mois auparavant. A cette époque, l’écluse d’Arques n’était pas encore en service et ils n’avaient pu rejoindre la Seine qu’en passant par la mer. Sur l'Aa, il avait fallu baisser le niveau de la rivière pour qu'ils passent sous un pont. Ils étaient sortis à Gravelines (Nord) et avaient gagné le Havre en longeant la côte. Les bateaux étaient chargés de 150 tonnes de sable pour une meilleure tenue mais ils n'avaient pas eu de "toilette de mer³". A bord, il y avait un marin pêcheur pour le pilotage, un mécanicien mais les femmes étaient restées à terre. Au Havre, la police maritime fut fort étonnée de voir arriver ces bateaux. Puis, en fin de compte, tout se passera sans trop de difficultés. Quand notre tour viendra, en 1968, nous n’aurons pas à vivre cette aventure car l’écluse fonctionnant depuis peu, nous pourrons emprunter le canal du Nord.

Et la boucle est bouclée
          En attendant que le nouveau bateau soit construit et ayant déjà vendu le Lysiane, nous nous sommes engagés pendant un an comme contremaîtres sur le Yarra à Jourdain. Nous avons fini un contrat de 10 voyages de sable, chargé sur la Petite Seine/Yonne pour vider à Paris. Ensuite, nous avons fait des transports de marchandises diverses. Cette période sera celle des soucis liés à la construction du bateau et des allers-retours incessants à Arques pour en surveiller l’évolution
10 : Le deuxième Lysiane chargé de grumes dans le canal de Saint-Denis – Ma femme et notre fille

       

Le deuxième Lysiane en dessous de Poses
11 - Le deuxième Lysiane en dessous de Poses. Avant la création de la station d'épuration d'Achères, les détergents rejetés dans la Seine se transformaient en mousse avec la chute d'eau du barrage et créaient des pollutions spectaculaires.

       


Vint enfin le jour où le Sainte-Adresse fut mis à l’eau. Nous l'avons baptisé ainsi en souvenir du bateau où j’ai vu le jour et aussi parce que notre fille Sylvie est née en 1957 dans cette petite station balnéaire qu’on appelle le Nice havrais. Sainte-Adresse, Lysiane, Lysiane, Sainte-Adresse, la boucle était bouclée...

20 ans plus tard... 1968
          Nous avions à peine fait le premier voyage que les incidents de mai 68 ont éclaté. Nous nous sommes retrouvés grévistes dans le barrage que formaient les bateaux à Paris-Austerlitz pendant 40 jours. Au loin, on entendait les clameurs qui montaient de la Sorbonne… Voilà qui me rappelait étrangement d’autres débuts, ceux du Lysiane, et une autre grève, celle des mineurs de 1948, tout juste 20 ans plus tôt

Les grands contrats
          Après quelques voyages de marchandises diverses, nous avons obtenu un contrat de transport de sable à charger à Poses (Eure) pour le port de Tolbiac à Paris. Ce contrat durera 4 ans. Le contrat suivant sera de Duclair (entre Rouen et le Havre) pour tous les ports de Paris pendant 2 ans. Après un retour aux "divers" (blé, farine, etc.), nous passerons 8 ans à ravitailler en charbon la centrale thermique de Laversines dans l’Oise.

Sylvie lors de notre visite du paquebot France
12 : Sylvie lors de notre visite du paquebot France. A peu près au même âge, j'avais visité le Normandie.

       

Le Picardie
La batellerie n'est pas un long fleuve tranquille
          La navigation fluviale n’est pas de tout repos et nous avons connu plusieurs problèmes de casse d’hélice ou de gouvernail. L’accident le plus grave s’est produit à Moisson dans les Yvelines. Nous avons heurté un obstacle resté indéfini qui a provoqué un trou dans le peak² avant et dans la cale. Peu de temps après, le Samson à Broquet s’est éventré au même endroit jusqu’à la moitié du bateau. C’est dans ces moments-là qu’on peut vérifier la solidarité des mariniers. Chaque bateau qui passait nous proposait son aide. Quatre sont restés près de nous dont l’Isatis à Renard. C’est lui qui a fait le batardeau dans le peak avec des chiffons pleins de graisse et des planches de bois. Au chantier, on constatera que l’avarie de la cale était plus grave que celle du peak : 4 courbes et le plancher étaient pliés. Le double fond en fer nous avait certainement empêchés de couler. Ceux qui remplaçaient les planchers de bois par du fer au début des années 70, en profitaient pour faire un double fond étanche comme le nôtre. Nous resterons immobilisés pendant deux semaines pour réparer les dégâts.

13 : Le Picardie. Le bateau du capitaine Durtol, héros du célèbre feuilleton télévisé diffusé en 1968 est amarré à Gravelines. Il a été transformé en bar à thèmes.

       


          Un autre événement très angoissant s’était produit avec le Yarra en 1967. Nous avions chargé de la pâte de bois à Rouen pour Nanterre en région parisienne. Quand nous avons quitté le navire auquel nous étions amarrés pour charger, le bateau s’est couché sur le côté droit et quand nous avons voulu nous mettre à quai, il a basculé de l’autre côté.

La marchandise avait été mal répartie dans la cale. Cela provoquait une gîte d’au moins 30 cm et à l’avant l’eau montait sur le plat-bord. La voiture qui était sur la dunette a failli plonger. Nous avons finalement réussi à accoster et heureusement le capitaine du port est passé par là. Il voulait que nous allions passer la nuit à l’hôtel tous les 3 mais nous avons refusé.


C’était le soir et il n’y avait plus de main-d’œuvre sur le port. Alors il a appelé la maintenance des grutiers pour faire enlever des balles et ce sont 2 mariniers qui ont remplacé les dockers pour les accrocher à la grue. Allégé de 15 balles, le Yarra a retrouvé son équilibre mais nous n’avons été vraiment rassurés qu’une fois arrivés à Nanterre.


       


Marinier... bien plus qu'un métier
Ma carrière de marinier s’est terminée en 1988 au terme de 707 voyages et d’environ 380 000 tonnes transportées. Nous avons vendu le Sainte-Adresse et acheté une maison à Saint-Pol-sur-Mer, un retour aux sources mêlé de coïncidence. Depuis, il ne se passe pas un jour sans que je repense à la batellerie. La nuit, il m’arrive encore de franchir des écluses, de "faire marée" à Tancarville, dans la tempête et le brouillard, au milieu des navires, ou bien de retrouver des copains au bureau d’affrètement et au Pardon de Conflans. Malgré les difficultés, les dangers et les peines, j’ai connu bien des joies et aimé ce métier car au-delà d’une profession, c’est une vie.

          Je salue tous ceux qui me liront et me reconnaîtront peut-être.
Omer Dourlen
         
Le deuxième Lysiane au Havre pendant l'hiver 1966/1967
14 : Le deuxième Lysiane au Havre pendant l'hiver 1966/1967

Voir également les bateaux d'Omer Dourlen dans les pages : Lysiane et Sainte-Adresse dans le répertoire des bateaux du Nord et de l'Est




1 : Les surestaries sont des indemnités que l'affréteur doit payer à l'armateur du bateau, dans un affrètement au voyage, quand le temps de chargement et/ou déchargement dépasse(nt) le temps de planche prévu dans le contrat de voyage.

2 : Peak : réservoir de rétention d'eau en cas d'avarie situé entre l'avant ou l'arrière de la péniche et la première cloison étanche.

3 : Toilette de mer : dans certains cas, des bateaux de commerce fluviaux sont autorisés à faire une traite en eaux maritimes pour changer de secteur, à condition de préparer le bateau à ce voyage. Cela consiste à souder les portes, souder des plaques de tôle devant les fenêtres, etc...



       

Quelques photos de plus

Le premier Lysiane entre Porcheville et Paris Chargement des pierres de taille qui pesaient jusqu'à une tonne Avec ma fiancée sur le bateau de mes parents
16a : Le premier Lysiane entre Porcheville et Paris (contrat de plusieurs voyages) 16b : Chargement des pierres de tailles qui pesaient jusqu'à une tonne en 1939 dans le premier Lysiane 16c : Avec ma fiancée sur le bateau de ses parents

       

Le 19 août 1948 : Le deuxième Lysiane à Gand
17 : Le 19 août 1948 : Le deuxième Lysiane, suspendu à une bigue à Gand (Belgique) pour refaire le joint d'étanchéité de l'étambot

       

31 mars 1948 : Le deuxième Lysiane sur une plate à Niel en Belgique
18 : 31 mars 1949 : Le deuxième Lysiane sur une plate à Niel en Belgique lors d'un chargement de 350 tonnes de briques pour Liège. Principe : le bateau accostait quand le Rupel (affluent de l'Escaut) était pleine mer. On attendait que l'eau se retire et on chargeait 340 tonnes. A la marée suivante, quand le bateau flottait, on complétait avec les dix dernières tonnes pour rééquilibrer. C'était impressionnant car on se demandait s'il n'allait pas rester collé.

        Fin

Le logement du deuxième Sainte-Adresse en 1987 Le logement du deuxième Sainte-Adresse en 1987 Le logement du deuxième Sainte-Adresse en 1987
15 : Le logement du deuxième Sainte-Adresse en 1987. Depuis, il a été transformé par les nouveaux propriétaires successifs