| les fluviales de JPh. Lamotte - Les familles de mariniers bretons |
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Jean Brevet 40 années de la vie d'un marinier de l'Ouest - 05 Vous avez une ou plusieurs anciennes photos de bateaux. Elles peuvent intéresser les familles de mariniers
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| - 1983 - |
La hausse du carburant... déjà Nous sommes ensuite repartis pour faire les rotations : Donges-Bouchemaine-Donges, où alors Saint-Nazaire- Donges-Nantes quand la Loire était trop basse pour remonter jusqu'à Bouchemaine. Je connaissais les chefs des dépôts Champenois à Nantes, Sodepal à Nantes, Stock à Saint-Nazaire. Un jour, les Pétroles de l'Ouest me demandèrent de faire un chargement de super pour Bouchemaine, c'était à l'époque où Raymond Barre était Premier Ministre. Il allait y avoir une augmentation de 10% sur les produits pétroliers, alors pour passer outre, il fallait que le chargement soit effectué avant 23 h 00. Pour l'enregistrement par la douane, il fallait le faire le lundi dans la journée. En même temps, le dépôt Sodepal m'a demandé de faire également un chargement pour eux. Pour moi, c'était très compliqué de faire deux chargements dans la même journée, je me suis alors mis en relation avec Monsieur Lucien Gallet, responsable de la raffinerie. Ce serait possible, à condition que je charge le matin à 5 h 00 pour Sodepal puis que je revienne à la raffinerie, l'après-midi à 17 h 00, afin de faire le chargement pour Bouchemaine. Il ne fallait surtout pas tomber en panne, mais également que Sodepal soit prêt à nous recevoir et qu'il n'y ait pas de problème à la raffinerie. J'avais la promesse de Monsieur Gallet, que tout serait prêt. |
A notre arrivée à Nantes, chez Sodepal, personne ne devait débarquer, tout le monde sur le pont, les matelots aux vannes, moi aux pompes, Josette mon épouse aux commandes et je ne plaisantais pas. Le soir, au deuxième chargement, après les hauteurs prises à 22 h 00, j'étais très content. Je me représentais les bénéfices que j'avais apportés aux deux dépôts. A 22 h 30, Françoise, la secrétaire de Monsieur Denoual me téléphona pour s'informer du déroulement de l'opération, je la rassurais aussitôt, ce fut un grand soulagement pour nous deux. et en plus des reproches Ensuite, il fallut remonter à Bouchemaine. En arrivant à quai, un message radio de la secrétaire m'informait que le Directeur désirait me rencontrer. Alors tout se suite, j'ai pensé qu'on me remettrait une prime mais surprise en arrivant à son bureau on m'a fait beaucoup de remontrances en m'exposant que si je n'avais pas pu faire les deux chargements, la société aurait perdu 10% sur 1300 m3 de super, ce qui aurait provoqué une énorme perte. J'ai alors quitté le bureau, très déçu, et, en arrivant à bord, l'équipage me demanda ce qui se passait. Je leur expliquai alors ma déception et leur demandai un petit coup à boire pour me remonter le moral. Nous avons ensuite repris les rotations comme par le passé, et je pris quelques jours de vacances que j'avais bien mérités. |
Plus tard, il fallut aller à Paris aux commissions paritaires et aux conseils d'administration de la Batellerie pour la sécurité sociale. Cela me prenait beaucoup de temps mais j'aimais ça, retrouver mes amis, parler avec eux de leur navigation sur leurs fleuves. Visibilité 50 m avec un bateau de 70 m Un jour de navigation dans la brume, je suis arrivé dans les ponts de Nantes avec une visibilité d'environ cinquante mètres. Le "Glorex" faisait soixante-dix mètres avec l'avant dans la brume. En arrivant au pont de Pirmil, un pont qui était voûté, l'homme qui était à l'avant me communiqua par interphone "à gauche". Il y avait là une passerelle avec cinq personnes à l'intérieur qui travaillaient à repeindre le pont. Je suis passé à environ un mètre cinquante d'eux, mais je n'avais pas la hauteur "tirant d'air". Ce fut là un moment très stressant. Le poste de pilotage fut arraché ainsi que le radar, mais le plus dur fut de prévenir la direction. Le Commandant du Port de Nantes, venu constater les avaries, m'a reproché de naviguer dans la brume. Cependant les dégâts n'étaient que matériels, ce qui était préférable plutôt que de heurter la passerelle avec les cinq personnes dedans, peut-être pères de famille, et qui auraient été projetées à l'eau. Je suis aussitôt remonté à Ancenis pour réparation de la timonerie et avoir un autre radar. |

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Au bout d'une semaine, nous sommes repartis pour les rotations, malgré ma responsabilité, j'ai peut-être sauvé cinq personnes. J'ai toujours été volontaire pour les moments difficiles, l'armateur disait toujours : "Brevet fera cela". Un convoyage plaisance Un jour Monsieur Denoual me demanda de prendre son petit bateau de plaisance pour descendre de Bouchemaine au Pouliguen, c'était toujours moi qui faisais le pilote. Arrivé entre Donges et Saint-Nazaire, il faisait très mauvais temps, il s'inquiéta alors s'il était prudent de continuer la navigation. Je le rassurai, en lui disant que nous allions aller eu ralenti et laisser le bateau faire à la lame. Le Patron a alors voulu regarder à l'extérieur, sa casquette s'est envolée, à l'eau, "perdu la casquette!". Nous sommes ensuite rentrés au port de Saint-Nazaire et il m'a proposé un verre au café du coin. Le lendemain matin, il m'a demandé si l'on pouvait passer l'écluse et faire route sur le Pouliguen. Nous sommes alors partis au ralenti et rentrés au port du Pouliguen. Ce fut encore des moments difficiles, qui se sont bien passés et j'aimais ça. C'était pour moi un peu une vie d'aventurier. Ensuite ce fut le retour à Bouchemaine et la reprise des rotations comme avant. |
Un jour, le Directeur Monsieur Denoual, me demanda de venir à son bureau et m'informa que la société allait être vendue à la raffinerie et me proposa de partir si je voulais. J'avais alors cinquante-cinq ans passés. J'ai alors accepté, j'étais très fatigué de tant d'années de responsabilité, j'avais besoin de repos. Les conditions de départ qu'il me proposa me convenaient : "Je ne vous ai jamais remercié durant votre présence à la Compagnie", me dit-il " vous aurez donc un salaire identique à l'an passé jusqu'à vos soixante ans". L'année précédente ayant été exceptionnelle, j'ai donc aussitôt donné mon accord. Tout s'est ensuite très bien passé, j'ai aujourd'hui 78 ans (ndr :en2008), je ne regrette rien, je n'ai que de bons souvenirs. Je suis quand même encore resté administrateur à la Batellerie durant quelques années, j'y ai été présent pendant 27 ans. Par la suite, je suis devenu le Président de l'AMIRA (Amicale des Retraités d'Ancenis). On me proposa de rentrer comme administrateur à l'Amicale. J'acceptais alors, cela me permettrait d'avoir de nouvelles relations à Ancenis. A la suite d'une Assemblée Générale, le Président très fatigué, m'a demandé de le remplacer. |
Après un vote, j'ai été élu et nous sommes toujours restés bons amis. Le mandat était de quatre ans renouvelable, j'ai donc effectué 8 ans. J'ai été remplacé par Jean Barbin, qui est pour moi un ami. Je suis maintenant Président d'Honneur, cela me convient ainsi et me laisse du temps pour aller faire de la marche le matin, environ quatre à cinq kilomètres avec mes deux chiennes. Ce sont de bons moments en bordure de Loire. En plus, j'ai un camping-car, ce qui me permet de partir souvent car je ne tiens pas en place. Mon épouse me le reproche régulièrement. Je vais souvent à Redon, capitale des mariniers bretons et un peu partout en France, surtout dans les ports ou encore faire des escapades à la montagne. La nature, peut-être que cela m'a beaucoup manqué, alors maintenant je rattrape le temps perdu. J'aurais encore beaucoup de souvenirs à raconter mais tout a une fin. Cela faisait très longtemps que mon épouse me demandait de retracer mon passé de marinier. Voilà qui est fait, je pense que j'ai bien rempli ma mission sur terre et que je serai bien reçu auprès de Dieu quand l'heure sera venue. Je vous remercie de me lire. Jean Brevet |

![]() Le Glorex |

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