| les fluviales de JPh. Lamotte - La batellerie de commerce |
|
La famille Beaudouin - 02 |
![]() Charles et Claude Beaudouin |
|---|---|---|
| De la batellerie au sable de Loire Vous avez une ou plusieurs anciennes photos de bateaux. Elles peuvent intéresser les familles de mariniers
envoyez-les en prenant contact ici, nous les publierons dans ces pages |
| Page 01 | Page 02 |


![]() | 14 - L'assemblage des morceaux du Grand-Charles. |

Claude se lance dans le sable Claude restera deux années sous les drapeaux et quand il se prépare à revenir, Georgette reprend le bateau. René Jouvente est toujours à bord et Claude se remet à transporter du sable mais il est un peu en surnombre. Ce n'est pas vraiment qu'il n'y avait pas de place pour lui, mais il avait les mains libres pour faire autre chose. Sa mère lui a prêté une des deux grues qu'il installe sur un bateau et il part avec huit mille nouveaux francs en poche à Nantes. Là il achète la Lorraine de Gustave Henri et il obtiendra un emplacement sur le quai à Nantes au pont de la Jonelière où il monte son propre dépôt de sable. Un an plus tard, il déménage à Luce-sur-Loire et il achète une grue plus grosse, une Pinguely. On est dans les années 60/70 et le dépôt fonctionne très bien, mais il peut faire mieux. |
Le Charles, une révolution chez les sabliers Il se rend en Hollande pour voir comment on travaille là-bas. En tout il effectuera une quinzaine de voyages. De cette expérience, il fait d'abord construire le Charles au chantier Merré de Nort-sur-Erdre. Ce bateau de 350 tonnes sera la première drague suceuse fluviale pour la pêche du sable de Loire en France. Ce fut une révolution dans le métier. Ce gros bateau permettait d'aller chercher le sable là où les autres bateaux n'allaient pas. Le bateau se remplissait en 30 mn là où les autres mettaient 2 heures, il vidait en 7 minutes au lieu de 2 heures et il va faire ainsi jusqu'à 13 voyages par jour là où les autres en faisaient 2. Quand le bateau arrivait devant le canal, il ouvrait le fond et le sable se vidait "clappage" (en ouvrant le fond du bateau ) sous une autre drague suceuse, là où les petits bateaux pouvaient charger. Le système fonctionnait tellement bien que le Charles sera rallongé une fois puis élargi une autre fois. |
L'heure de la retraite pour Georgette A cette époque, on est en 1968, Georgette à 60 ans et elle prend sa retraite. Ce n'est pas qu'elle, est fatiguée, mais le commerce fluvial n'est plus ce qu'il était. Elle va enfin habiter dans une maison. Fera t-elle du canevas ou du tricot ? Et bien non, pas du tout. Elle va militer pour la réouverture du bief 17 qui est abandonné, car depuis la construction du barrage d'Arzal, les mariniers passent la Vilaine. Ce dynamisme sera remarqué et le maire de Redon de l'Epoque la sollicite pour la joindre à son équipe de conseillers. Elle fera ainsi quatre mandats et ne cessera de militer pour l'entretien et la réouverture de ce bief 17 qui passe sous ses fenêtres. |

![]() |
| 19 - Le dépot de sable de Ste Luce |

![]() 20 - Sablière de l'Atlantique en 1973 |
Le Grand Charles... je vous ai compris ! Pendant ce temps là, pour Claude, le Charles se révèle encore insuffisant pour répondre à la demande mais surtout, les temps changeaient. Les rumeurs écologiques visant à interdire l'extraction du sable en Loire montaient. Claude aurait pu leur dire dans une belle emphase "Je vous ai compris". Il avait compris qu'il faudrait désormais être capable d'aller chercher le sable en mer. Pour cela, il va penser et concevoir un nouveau type de bateau, puissant et bien défendu pour les dures conditions d'un estuaire mais capable de passer sous les ponts pour livrer le sable en amont de Nantes. Ce sera l'avènement du Grand Charles, la première drague fluviomaritime de France. "Ce bateau, c'est mon bébé" dit Claude. "Il a été pensé et construit selon mon expérience". Mais pourquoi ce nom ? Chacun se souviendra que c'était le surnom populaire du général de Gaulle dans les années 60. De plus, le Charles et le Grand Charles sont arrivés après le Lorraine. Souvenons-nous également que la croix de Lorraine était le symbole du Général. Claude rétorque, mais avec un sourire en coin "Charles, c'était le prénom de mon père et le grand Charles, et bien... parce qu'il est plus grand que le Charles !..". Le croira qui veut mais Claude ne s'est jamais caché d'être un grand admirateur du général.   Ses successeurs ont cédé le Grand-Charles à une société de dragage hollandaise. Il fut ensuite revendu à la base de lancements spatiaux de Kourou en Guyane. C'est par ses propres moyens qu'il rejoint le fleuve Maroni dont il entretient toujours du chenal d'accès maritime (2011). |
C'est par ses propres moyens qu'il rejoint le fleuve Maroni dont il entretient toujours du chenal d'accès maritime (2011). Construire au fond des terres... et en morceaux Ce bateau sera également construit selon une technique très particulière qui nous permet d faire un pas de côté vers le chantier Merré qui se trouve en zone fluviale, tout au fond de l'Erdre navigable à Nort-sur-Erdre. Pour comprendre faut se souvenir qu'à une certaine époque en Bretagne, le trafic de commerce était très important. On parlait même de mettre les écluses bretonnes au gabarit Freycinet. Pour se préparer à cet avènement et garder son rôle de premier rang, le chantier à fait de gros investissement. Hélas, cela ne s'est jamais fait. Les camions et le rail ont fait péricliter la batellerie. Les bateaux eurent pourtant un sursis avec le sable car le transport par camions salissait beaucoup les routes. Hélas, ce ne fut qu'un "baroud" d'honneur pendant quelques années. Le glas fut sonné par les écologistes qui sont montés au créneau pour faire contingenter et interdire l'extraction du sable en Loire. Ce fut la fin de la batellerie bretonne en 1974. Pour survivre, le chantier devait impérativement se tourner vers le marché maritime. Le problème était que les unités maritimes quittant le chantier de Nort-sur-Erdre Loire devaient transiter par la Loire pour se rendre en mer. Cela limitait la taille des bateaux au gabarit du tunnel et de l'écluse. Pour s'adapter, le chantier a mis au point un type de construction très particulier qui l'a rendu célèbre. A la construction, le plan des bateaux est découpé par le milieu sur la largeur et sur la longueur. |

Ces 4 morceaux construits individuellement au gabarit de l'écluse St Félix, sont flottables. Une fois terminé, ils remorqués en eau salée où ils sont assemblés. C'est ainsi que fut construit et assemblé le Grand Charles. Encore plus grand Le Charles et le Grand Charles ne suffisant plus à son dynamisme, Claude fera acheter à Düsseldorf le "Pays de Loire" par la "Société de Transport Fluviaux Maritime" qu'il avait fondée en 1980 pour la construction du grand-Charles ". Ce navire de 75 mètres qui fut l'aboutissement de sa carrière. | ![]() 21 - Le Pays de Loire |
![]() Le Grand Charles |

![]() |
La doyenne de la batellerie Beaucoup de personnes ont revendiqué être à l'origine de la réouverture de la partie du bief 17 (canal de Nantes à Brest) qui longe la Vilaine entre l'écluse du Bellion et la Digue à St Nicolas-de-Redon, mais la première fut certainement Georgette Beaudouin. Pour ce jour mémorable, presque tous les anciens bateaux de commerce transformés en habitation avaient répondu à l'appel. La Marne d'Armel Debray venait tout juste de franchir son premier passage en Vilaine depuis 40 ans, quand nous sommes arrivés chez Georgette pour entrer avec elle dans ses souvenirs. Elle avait 102 ans, un sourire est en permanence accroché à son visage et ses yeux pétillent d'espièglerie. La photographier ne fut pas une mince affaire. En quelques secondes de pose, elle s'ennuyait déjà. Alors elle se mit à chanter, d'abord une chanson de marinier, puis les paroles devinrent un peu grivoises. Alors la bonne humeur l'emporta sur les photos et il fallut remettre la séance à plus tard. Les photos furent faites sans prévis, figeant ainsi sa bonne humeur naturelle. Aujourd'hui (en 2010), Claude goûte en son manoir breton une retraite méritée et chaque jour il rend visite à sa mère à la Digue, car elle ne quitterait pour rien au monde sa terrasse sur surplombe toujours le bief 17 à l'écluse, là où autrefois, elle montait toute seule dans sa grue, pour décharger les bateaux de sable. Jean-Philippe Lamotte (août 2010)
PS : Georgette est décédée au début de l'année suivante. Le destin lui avait donné suffisamment de temps pour qu'elle puisse voir les
anciens chalands bretons revenir à la digue devant son balcon.
|
|
| 15 - Georgette Beaudouin le jour de ses 100 ans avec son fils Claude | ||
![]() | ||
| 16 - Georgette au balcon de sa terrasse. Juste en face, c'est le quai devant l'écluse de la Digue où était son dépot de sable et ses deux grues. Depuis 1968 elle militait pour la réouverture de ce bief 17 du Canal de Nantes à Brest. Puis un jour du début de juillet 2010, les bateaux sont revenus, officiellement. Elle avait 102 ans. |

![]() |
| 17 - Georgette Beaudouin, 102 ans en juillet 2010, pendant l'inauguration du bief 17 |

![]() |
| Page 01 | Page 02 |