les fluviales de JPh. Lamotte - Souvenirs de mariniers

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Raynal Dubeau dit "Le Meldois"

Une dynastie de mariniers depuis 1700  
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Raynal le Meldois
Raynal Dubeau dit "Le Meldois" à posé son sac a terre alors qu'il avait 24 ans. Toutefois, il est issu d'une famille dont les racines de sa généalogie puisent dans la batellerie depuis 1700. Il est donc un des derniers descendants de cette grande épopée des artisans de la route de l'eau.
Et si les aléas de la vie l'ont conduit à travailler avec ceux "d'à terre" à Meaux, il passe aujourd'hui sa retraite à arpenter les canaux à pied, avec un matériel photographique performant.
JPh. Lamotte
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Raynal le Meldois

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Raynal et sa mère à bord du Rove coulé par les Allemands.


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Une famille de marinier

            "Je vous emmènerai sur mon joli bateau. S'aimer au fil de l'eau, il n'y a rien de plus beau..." Cet extrait d'un air bien connu de la célèbre opérette de R. Benatzki "L'auberge du cheval blanc" aurait bien pu être fredonnée par Aramis Dubeau, le jour où il déclara sa flamme à la jeune et gracieuse Eugénie Chartier qu'il connaissait depuis sa tendre enfance. Les jeunes gens appartenaient en effet à la même famille professionnelle. Ils étaient tous deux issus du milieu des mariniers. Leur première rencontre s'est faite au hasard d'une escale, alors que les péniches de leurs parents parcouraient canaux et rivières de France. La vie a parfois de curieux clins d'œil. Ma mère avait une sœur et trois frères dont deux s'appelaient Porthos et Athos et l'homme qu'elle avait rencontré pour partager sa vie s'appelait Aramis. Cela s'est terminé par un mariage le 20 mars 1937.

            Aramis (mon père) issu d'une famille originaire du Berry, est né le 2 juillet 1909 à Thourotte (Oise). Quant à Eugénie (ma mère), elle trouve ses racines en Belgique mais c'est à Poulangis, dans la Marne, qu'elle a vu le jour le 19 mai 1917. Au lendemain de leurs noces, le 20 mars 1937, tous deux sont repartis au fil de l'eau avec le "Rove" racheté à mon grand-père, pour un long périple, perpétuant ainsi la tradition marinière de leurs parents.

            Je suis né à Migennes (Yonne) en 1939 à la déclaration de la guerre et on me donna le prénom de Raynal Léon Athos. Mon père Aramis s'en souvient d'autant plus que le lendemain, il partait pour le front dans l'est de la France. Il fut libéré deux mois plus tard pour reprendre l'amintot * du "Rove" qui avait été réquisitionné. Ce fut alors une vie d'errance, de misère et de déboires.

            A la débâcle, le bateau n'avait pas fini de connaître les vicissitudes de la guerre car il fut coulé sur les ordres des Allemands à Thomery en Seine-et-Marne, entre Montereau et Melun, en dessous de l'écluse de Champagne-sur-Seine. Le plus pénible est que mon père Aramis, a été contraint de poser les explosifs lui-même sur la coque, avec un canon de pistolet sur la tempe. En ce jour du 19 août 1944, le Rove fut le premier d'une série de 19 bateaux qui fut sabordée. Le 22 août, soit trois jours plus tard, les américains arrivaient et c'était la libération.

            Ensuite, avec une poignée de mariniers dont les bateaux avaient également été coulés, mon père a réussi à renflouer son Rove avec des bâches et de la sciure de bois pour colmater les brèches et nous sommes partis au chantier de Marseille-les-Aubigny (Cher) pour le faire réparer. Pendant ce temps-là, je suis allé un peu à l'école, le temps des réparations et nous sommes repartis sous d'autres cieux au fil de l'eau.

            Le "Rove" fut également la maison natale flottante de mon frère Josian né le 2 avril 1949 à Remoncourt (Vosges), de Florian le 21 mai 1950 à Fontainebleau (77). Il en va ainsi de la vie des mariniers et les naissances surviennent au gré des escales. Le Rove sera vendu en 1951 et mes parents vont acheter "La petite Thérèse" un "dommage de guerre" en fer qui appartenait à un cousin qui deviendra capitaine sur les bateaux Mouche de Paris. C'est sur ce bateau, à Moret-sur-Loing, que va naitre en 1955, Pascal le plus jeune de mes frères.

.             C'est lui, le petit dernier qui a pris la relève lorsqu'en 1986, mes parents décidèrent de poser le sac à terre pour profiter enfin d'une retraite bien méritée. Ils avaient passé ensemble un demi-siècle d'errance marinière. L'année suivante ils fêtaient leurs noces d'or à Meaux, la ville où ils ont choisi de vivre le reste de leur vie... sans vague à l'âme.

            Dix ans après les noces d'or, ils se retrouvaient à la Mairie en salle des mariages, mais cette fois pour les noces de diamant. Les quatre fils étaient autour d'eux mais également neuf petits enfants. A cette occasion, le Mairea évoqué cette tranche de vie de 60 années riche en moments forts de bonheur et d'espoir mais également marquée par des jours difficiles soumis aux aléas d'un métier aux lendemains incertains et aux privations.

Raynal Dubeau dit "Le Meldois"

* Amintot : Long timon (ou barre franche) qui était monté sur le safran extérieur des péniches tractionnées. Il possèdait une partie télescopique, (la rallonge d'amintot), qui s'enlevait pour pouvoir rabattre le gouvernail à angle droit sur l'arrière du bateau dans les écluses, de façon à tenir le moins de place possible. Ce terme vient de la batellerie du Nord.


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Le "Pactole" bateau de mes parents, avalant sur la seine peu après les Andelys en 1962



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Aramis et Eugénie Dubeau, les parents du "Meldois"

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Le renflouement du Rove avec des pompes

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Le Meldois et son petit frère sur le bateau "Berge" (Marne 1959)


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Hiver 56 à Champigny-sur-Yonne :
            Nous avions mis 80 tonnes d'eau en cale pour ballaster et éviter que l'hélice barbote. Le gel est venu et il y avait une couche de glace de 25 cm d'épaisseur. Avec la dilatation, il y avait un risque d'éclatement de la bordaille. Avec mon père, nous avons tout essayé pour casser cette glace. Nous y sommes allés à la hache, au passe-partout pour scier la glace et même avec de l'essence où nous mettions le feu. Enfin après quelques jours de pénible labeur, nous sommes parvenus à maitrîser cette glace.

(En partant de la gauche : Marcel Nicolas, Aramis Dubeau, Eugenie Dubeau, mes parents, l'épouse de Marcel Nicolas, deux de mes freres (de gauche à droite : Josian et Florian) et votre serviteur qui prend la photo.)
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- Ma mère Eugénie Chartier
(ndr : Même si on ne voit pas de bateau, avec le boulard et l'amarre, cette simple photo de famille garde une empreinte de batellerie.)

- Haut : Pascal à bord du "Berge" sur la Seine à St Denis.

- Bas : Mes trois frères à St Denis en 1959 : Josian – Pascal – Florian
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Josian sur le bateau "Négoce" à Chalon-sur-Saône
Les familles Dubeau et Chartier sur les bateaux "Pasteur" et "Gnaf"

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Mes grands-parents maternels Athos Chartier et son épouse Marthe Ferrez - Léon Dubeau mon grand-père paternel (tous des mariniers)

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1959       -       Raynal Dubeau dit "Le Meldois", descendant de trois siècles de batellerie      -       2009

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